{"id":2761,"date":"2020-10-16T11:00:53","date_gmt":"2020-10-16T09:00:53","guid":{"rendered":"https:\/\/chouftolosa.info\/?p=2761"},"modified":"2020-10-16T11:00:35","modified_gmt":"2020-10-16T09:00:35","slug":"la-puissance-des-meres-ou-quand-la-maternite-devient-politique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chouftolosa.info\/index.php\/2020\/10\/16\/la-puissance-des-meres-ou-quand-la-maternite-devient-politique\/","title":{"rendered":"Quand la maternit\u00e9 devient politique"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:18px\"><strong>La maternit\u00e9 utilis\u00e9e comme une arme politique. Cette combinaison, la politologue Fatima Ouassak, auteure de <em>La puissance des m\u00e8res<\/em> en a fait son credo. Chouf Tolosa s\u2019est gliss\u00e9 dans la librairie toulousaine o\u00f9 elle est venue pr\u00e9senter son livre fin septembre. Morceaux choisis.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/chouftolosa.info\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Fatima-OUASSAK_cre\u0301dit-Carole-Lozano-973x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2763\" width=\"467\" height=\"491\" srcset=\"https:\/\/chouftolosa.info\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Fatima-OUASSAK_cre\u0301dit-Carole-Lozano-973x1024.jpg 973w, https:\/\/chouftolosa.info\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Fatima-OUASSAK_cre\u0301dit-Carole-Lozano-285x300.jpg 285w, https:\/\/chouftolosa.info\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Fatima-OUASSAK_cre\u0301dit-Carole-Lozano-768x808.jpg 768w, https:\/\/chouftolosa.info\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Fatima-OUASSAK_cre\u0301dit-Carole-Lozano-585x616.jpg 585w, https:\/\/chouftolosa.info\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Fatima-OUASSAK_cre\u0301dit-Carole-Lozano.jpg 1063w\" sizes=\"(max-width: 467px) 100vw, 467px\" \/><figcaption><em>Fatima Ouassak, politologue, cofondatrice du Front des m\u00e8res et auteure de <\/em>La puissance des m\u00e8res<em> (\u00a9 Carole Lozano)<\/em><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">D\u00e9montrer le potentiel politique de la maternit\u00e9. C\u2019est le postulat pos\u00e9 par la politologue Fatima Ouassak dans son dernier ouvrage intitul\u00e9 <em>La puissance des m\u00e8res &#8211; pour un nouveau sujet r\u00e9volutionnaire. <\/em>Luttes f\u00e9ministes, racisme structurel, violences polici\u00e8res, \u00e9cologie, son travail balaie des th\u00e9matiques rarement, voire jamais, \u00e9voqu\u00e9es sous l\u2019angle de la maternit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">\u00ab&nbsp;<em>C\u2019est un livre qui restera et qui est assez novateur car le sujet aborde la question de la maternit\u00e9 de mani\u00e8re globale. Cela d\u00e9passe le fait d\u2019\u00eatre dans un rapport parent-enfant. On peut ne pas \u00eatre parent et se sentir concern\u00e9 par le propos que d\u00e9fend l\u2019auteure<\/em>&nbsp;\u00bb, explique Chlo\u00e9 B\u00e9n\u00e9teau, libraire chez Floury Fr\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">Un propos que Fatima Ouassak est venue faire entendre le 29 septembre dans cette librairie du centre-ville, lors d\u2019une double rencontre avec le public et Emilie Noteris, \u00e9crivaine qui s\u2019interroge sur les questions de classes sociales, de genre et de race (ici <a href=\"http:\/\/www.emilienoteris.org\/\">son site<\/a>&nbsp;). <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">Ce mardi soir, rue de la Colombette, un public compos\u00e9 majoritairement de jeunes femmes \u00e9coute celle qui a commenc\u00e9 \u00e0 politiser sa maternit\u00e9 lorsque l\u2019\u00e9cole de sa fille a refus\u00e9 de lui proposer une alternative v\u00e9g\u00e9tarienne \u00e0 la cantine. L\u2019auteure ayant elle-m\u00eame adopt\u00e9 ce r\u00e9gime alimentaire depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es. \u00ab&nbsp;<em>Ce combat de m\u00e8re commence par une histoire de viande dans l\u2019assiette de ma fille et j\u2019assume qu\u2019il ait d\u00e9marr\u00e9 de cette mani\u00e8re et non sur un sujet \u00ab&nbsp;super-politique&nbsp;\u00bb. Tr\u00e8s vite, les autorit\u00e9s me soup\u00e7onnent d\u2019avoir un plan cach\u00e9 pour imposer le halal, on me parle de Daesh, d\u2019islamisation<\/em>\u00bb, explique Fatima Ouassak.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">De fait, <em>La puissance des m\u00e8res<\/em> s&#8217;attaque frontalement au noeud du probl\u00e8me&nbsp;: la dissonance entre la parole officielle des institutions publiques et celle des parents dont les enfants sont \u2013 comme le dit une certaine formule &#8211; issus de l\u2019immigration. Avec du c\u00f4t\u00e9 des repr\u00e9sentants de l\u2019Etat, un discours qui n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 d\u00e9passer les pr\u00e9rogatives des institutions publiques, lorsqu\u2019il s\u2019agit de qualifier les choix alimentaires d\u2019une m\u00e8re pour son enfant. Ce dernier \u00e9tant per\u00e7u comme une victime de l\u2019obscurantisme religieux de ses parents \u00e0 coup de r\u00e9gime halal forc\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">\u00ab&nbsp;<em>Les parents de ses enfants sont per\u00e7us par les institutions comme \u00e9tant d\u00e9missionnaires mais d\u00e8s lors qu\u2019ils souhaitent d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats de leurs enfants, ils se heurtent \u00e0 la r\u00e9sistance de ces derni\u00e8res. Il y a dans mon livre l\u2019id\u00e9e d\u2019un conflit de loyaut\u00e9 entre les adultes racis\u00e9s et l\u2019institution&nbsp;\u00bb,<\/em> explique l&#8217;auteure.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/chouftolosa.info\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Couv-FOuassak.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-2764\" width=\"303\" height=\"451\" srcset=\"https:\/\/chouftolosa.info\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Couv-FOuassak.png 482w, https:\/\/chouftolosa.info\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Couv-FOuassak-201x300.png 201w\" sizes=\"(max-width: 303px) 100vw, 303px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\"><strong><em>\u00abVos m\u00e8res sont glorieuses&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">F\u00e9ministe revendiqu\u00e9e, h\u00e9riti\u00e8re assum\u00e9e du combat port\u00e9 des d\u00e9cennies plus t\u00f4t par le Mouvement de lib\u00e9ration des femmes (MLF), Fatima Ouassak porte pourtant une parole peu entendue dans certains milieux f\u00e9ministes. Celle d\u2019une f\u00e9ministe qui se bat en tant que m\u00e8re. Un positionnement qu\u2019elle lie directement \u00e0 la question de la migration. \u00ab&nbsp;<em>Les femmes de l\u2019immigration mettent en avant leur statut de m\u00e8re et ce n\u2019est pas un hasard. Si elles ont migr\u00e9, c\u2019est avant tout pour offrir \u00e0 leurs enfants une vie meilleure<\/em>&nbsp;\u00bb, note celle qui inscrit aussi son action dans les pas des \u00ab&nbsp;Folles de la place Vend\u00f4me&nbsp;\u00bb. En France, au tout d\u00e9but des ann\u00e9es 80, des femmes dont les enfants avaient \u00e9t\u00e9 victimes de crimes racistes ont cherch\u00e9 \u00e0 mettre en lumi\u00e8re ces assassinats rest\u00e9s impunis. Il s\u2019agissait pour la plupart de m\u00e8res maghr\u00e9bines qui ont commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019organiser \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1982, en transposant le mod\u00e8le argentin des \u00ab&nbsp;folles de la place de Mai&nbsp;\u00bb (\u00e0 voir, <a href=\"https:\/\/www.ina.fr\/video\/CAA8200732401\">une vid\u00e9o d&#8217;archives de l&#8217;Ina<\/a> expliquant leur combat). Le 21 mars 1984, \u00e0 l\u2019occasion de la journ\u00e9e internationale contre le racisme, elles s&#8217;\u00e9taient r\u00e9unies place Vend\u00f4me sous les fen\u00eatres du minist\u00e8re de la Justice, d\u2019o\u00f9 le nom de leur combat.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">\u00ab&nbsp;<em>Ces femmes assumaient d\u2019\u00eatre folles de rage pour leurs enfants, <\/em>raconte Fatima Ouassak qui, le lendemain de son intervention \u00e0 la librairie Floury, a pu rencontrer des m\u00e8res du quartier des Izards<em>. Elles disaient \u00ab&nbsp;on est l\u00e0 en tant que m\u00e8res&nbsp;\u00bb. Leur combat devrait \u00eatre dans l\u2019histoire des luttes. Ces femmes issues de l\u2019immigration post-coloniale se sont battues avant nous. C\u2019est important de le savoir et de dire: \u00ab&nbsp;vos m\u00e8res sont glorieuses et vous venez de l\u00e0&nbsp;\u00bb. Nous n\u2019inventons rien, nous partons de cette lutte-l\u00e0<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">Loin d\u2019\u00eatre un livre de \u00ab&nbsp;sachant&nbsp;\u00bb venu donner des le\u00e7ons de militantisme, <em>La puissance des m\u00e8res<\/em> s\u2019inscrit dans un projet de transmission des luttes, et de renouveau de ces derni\u00e8res en partant de la base. Le livre est \u00e9maill\u00e9 d\u2019anecdotes. L\u2019une d\u2019entre elles, racont\u00e9e lors de cette rencontre, retranscrit la consultation de l\u2019auteure avec une p\u00e9diatre. \u00ab&nbsp;<em>Elle n\u2019a pas voulu me serrer la main et m\u2019a dit qu\u2019il \u00e9tait tr\u00e8s important de laver son enfant. Pour mon \u00e9diteur, le c\u00f4t\u00e9 petit r\u00e9cit-petit dialogue du livre pouvait d\u00e9ranger. Il m\u2019a demand\u00e9 pourquoi je n\u2019utilisais pas le mot \u00ab&nbsp;m\u00e9pris&nbsp;\u00bb pour qualifier cette sc\u00e8ne au lieu de reprendre l\u2019anecdote telle quelle mais pour moi ces petites touches sont importantes, parce que le racisme structurel c\u2019est \u00e7a justement. Quand on a un propos tr\u00e8s politique, on est vite renvoy\u00e9 au discours de celui qui est parano, ou qui arrive avec ses gros sabots de militants<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">En \u00e9voquant avec des mots simples et efficaces, la violence des institutions, le racisme structurel, ou encore les violences polici\u00e8res dont sont victimes chaque jour en France de jeunes citoyens, Fatima Ouassak porte une voix singuli\u00e8re. Et invite les m\u00e8res &#8211; mais pas qu\u2019elles &#8211; \u00e0 s\u2019emparer de sujets qui convergent tous vers un seul but, celui de construire une soci\u00e9t\u00e9 plus juste.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p><strong>A lire : <em>La puissance des m\u00e8res \u2013 pour un nouveau sujet r\u00e9volutionnaire<\/em>, de Fatima Ouassak. Ed. la D\u00e9couverte, Paris, 2020. 270 p., 14 euros.<\/strong><\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La maternit\u00e9 utilis\u00e9e comme une arme politique. Cette combinaison, la politologue Fatima Ouassak, auteure&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":8,"featured_media":2763,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[38,7,8],"tags":[],"coauthors":[48],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chouftolosa.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2761"}],"collection":[{"href":"https:\/\/chouftolosa.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chouftolosa.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chouftolosa.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chouftolosa.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2761"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/chouftolosa.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2761\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2774,"href":"https:\/\/chouftolosa.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2761\/revisions\/2774"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chouftolosa.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2763"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chouftolosa.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2761"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chouftolosa.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2761"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chouftolosa.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2761"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/chouftolosa.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=2761"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}