{"id":4339,"date":"2025-12-12T08:45:00","date_gmt":"2025-12-12T07:45:00","guid":{"rendered":"https:\/\/chouftolosa.info\/?p=4339"},"modified":"2025-12-11T23:44:58","modified_gmt":"2025-12-11T22:44:58","slug":"toulouse-son-noel-enguirlande-et-ses-sans-abris","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chouftolosa.info\/index.php\/2025\/12\/12\/toulouse-son-noel-enguirlande-et-ses-sans-abris\/","title":{"rendered":"Toulouse, son no\u00ebl enguirland\u00e9 et ses sans-abris"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:18px\"><strong>1,1 million d\u2019euros pour illuminer Toulouse. Comme chaque hiver, la ville \u00ab&nbsp;rose&nbsp;\u00bb, soigne son image. Mais derri\u00e8re l\u2019\u00e9clat des LED et sous les guirlandes, y&#8217;a un malaise, quelque chose qui sonne faux. Comme une fissure dans le d\u00e9cor&nbsp;: 350 enfants dorment \u00e0 la rue, dans le froid.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/chouftolosa.info\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Noe\u0308l-de\u0301co-Tlse-1024x775.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4349\" width=\"498\" height=\"377\" srcset=\"https:\/\/chouftolosa.info\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Noe\u0308l-de\u0301co-Tlse-1024x775.jpg 1024w, https:\/\/chouftolosa.info\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Noe\u0308l-de\u0301co-Tlse-300x227.jpg 300w, https:\/\/chouftolosa.info\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Noe\u0308l-de\u0301co-Tlse-768x581.jpg 768w, https:\/\/chouftolosa.info\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Noe\u0308l-de\u0301co-Tlse-1170x885.jpg 1170w, https:\/\/chouftolosa.info\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Noe\u0308l-de\u0301co-Tlse-585x443.jpg 585w, https:\/\/chouftolosa.info\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Noe\u0308l-de\u0301co-Tlse.jpg 1470w\" sizes=\"(max-width: 498px) 100vw, 498px\" \/><figcaption><em>A Toulouse, rues et avenues sont sous les sunlights&#8230; (photo: T.R.)<\/em><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">Cette ann\u00e9e, la mairie de Toulouse a investi 1,1 millions d\u2019euros pour d\u00e9corer la ville et offrir un visage festif aux passant\u00b7es. Dix kilom\u00e8tres de guirlandes et 450 motifs ont \u00e9t\u00e9 dispos\u00e9s dans les rues&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>On a voulu maintenir ce qu\u2019on a fait l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, malgr\u00e9 la conjoncture<\/em>&nbsp;\u00bb dixit Jean-Baptiste de Scorraille, adjoint au maire en charge de l\u2019\u00e9clairage public, <a href=\"https:\/\/www.ladepeche.fr\/2025\/11\/28\/cest-la-lumiere-dans-lobscurite-les-decorations-de-noel-font-briller-toulouse-depuis-ce-vendredi-soir-13079948.php\">dans les colonne de <\/a><em><a href=\"https:\/\/www.ladepeche.fr\/2025\/11\/28\/cest-la-lumiere-dans-lobscurite-les-decorations-de-noel-font-briller-toulouse-depuis-ce-vendredi-soir-13079948.php\">La D\u00e9p\u00eache<\/a> <\/em>du 28 novembre dernier.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">Une somme cons\u00e9quente qui fait briller les all\u00e9es\u2026 Mais qui interpelle lorsque l\u2019on quitte la lumi\u00e8re des boulevards pour s\u2019approcher des recoins plus sombres du centre-ville. L\u2019hiver est bien l\u00e0, les temp\u00e9ratures chutent, et les appels au 115, le num\u00e9ro d\u2019urgence pour les personnes sans abris restent sans suite. Aucune solution d\u2019h\u00e9bergement n\u2019est trouv\u00e9e pour plus de 90&nbsp;% des personnes qui appellent. A Toulouse, <a href=\"https:\/\/www.francebleu.fr\/emissions\/l-info-d-ici-ici-occitanie\/dans-cette-ecole-toulousaine-trois-familles-vivent-a-la-rue-les-enfants-dorment-dehors-8522734\">le r\u00e9seau \u00c9ducation Sans Fronti\u00e8res (RESF) estime qu\u2019actuellement 350 enfants scolaris\u00e9s vivent \u00e0 la rue<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\"><strong>A l\u2019ombre des lumi\u00e8res<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">Toulouse d\u00e9but d\u00e9cembre, des sans-abris sont dehors par \u2013 3\u00b0 C. Sous un porche de la rue Bayard, une couverture grise d\u00e9passe d\u2019un amas de sacs. C\u2019est l\u00e0 que vit, depuis trois semaines, une famille bulgare : Marin et Stela, et leurs trois enfants, \u00e2g\u00e9s de 4, 7 et 10 ans. Le petit dernier dort contre sa m\u00e8re, emmitoufl\u00e9 dans une veste d\u2019adulte. Le p\u00e8re, lui, surveille la rue, inquiet. <em>\u00ab On se relaie, sinon on dort pas \u00bb<\/em>, murmure-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">Chaque soir, \u00e0 18 h00 pr\u00e9cises, Stela compose le 115. Le t\u00e9l\u00e9phone coll\u00e9 \u00e0 l\u2019oreille, elle \u00e9coute la sonnerie interminable. Puis la voix enregistr\u00e9e. Puis le silence. Le m\u00eame refrain : aucune place.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\"><em>\u00ab J\u2019appelle dix fois, vingt fois. Les enfants ont froid, ils sont fatigu\u00e9s. Je dis que le petit tousse, que le grand a de la fi\u00e8vre. Mais personne ne r\u00e9pond \u00bb<\/em>, souffle-t-elle. Pendant ce temps, \u00e0 quelques m\u00e8tres, les d\u00e9corations clignotent. Les enfants, eux, regardent les lumi\u00e8res comme un spectacle inaccessible.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/chouftolosa.info\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Noe\u0308l-SDF-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4338\" width=\"440\" height=\"329\" srcset=\"https:\/\/chouftolosa.info\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Noe\u0308l-SDF-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/chouftolosa.info\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Noe\u0308l-SDF-300x225.jpg 300w, https:\/\/chouftolosa.info\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Noe\u0308l-SDF-768x576.jpg 768w, https:\/\/chouftolosa.info\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Noe\u0308l-SDF-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/chouftolosa.info\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Noe\u0308l-SDF-1170x878.jpg 1170w, https:\/\/chouftolosa.info\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Noe\u0308l-SDF-585x439.jpg 585w, https:\/\/chouftolosa.info\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Noe\u0308l-SDF.jpg 1600w\" sizes=\"(max-width: 440px) 100vw, 440px\" \/><figcaption><em>&#8230;  et SDF et sans-abris dans les recoins (photo: T.R.)<\/em><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\"><strong>Henri, 65 ans, malade<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">\u00c0 quelques rues de l\u00e0, pr\u00e8s des all\u00e9es Jean-Jaur\u00e8s, Henri, 65 ans, tente de masser ses jambes raides.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\"><em>\u00ab L\u2019hiver, c\u2019est le pire. Je sens que mon corps l\u00e2che \u00bb<\/em>, explique-t-il. Son sac plastique contient seulement quelques m\u00e9dicaments r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 une association. Probl\u00e8mes respiratoires, douleurs chroniques, tension instable : Henri devrait \u00eatre \u00e0 l\u2019abri, mais il vit dehors depuis trois mois. <em>\u00ab J\u2019appelle le 115 toutes les nuits. Parfois, j\u2019arr\u00eate au bout de cinq appels. Je suis fatigu\u00e9.\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">Sur son visage marqu\u00e9, la lumi\u00e8re des d\u00e9corations se refl\u00e8te un instant. Il d\u00e9tourne le regard. <em>\u00ab&nbsp;C\u2019est joli, oui. Mais \u00e7a me rappelle juste que je n\u2019ai nulle part o\u00f9 aller. \u00bb <\/em>Un peu plus loin, les gens passent sans le voir.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\"><strong>Nadia et son enfant<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">Boulevard de Strasbourg, Nadia, 32 ans, porte son enfant de 5 ans contre elle, dans un manteau trop fin. Elle a fui une relation violente, s\u2019est retrouv\u00e9e \u00e0 la rue faute de solution d\u2019h\u00e9bergement.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">Sourire fatigu\u00e9, regard d\u00e9termin\u00e9. Elle aussi appelle le 115 chaque soir. Parfois elle pleure apr\u00e8s le quatri\u00e8me appel. Parfois elle se tait. <em>\u00ab On me dit de rappeler demain. Mais demain, c\u2019est encore dehors. \u00bb<\/em> Elle passe la nuit dans un hall d\u2019immeuble quand elle a de la chance. Sinon, sous une arcade. <em>\u00ab Quand je vois les lumi\u00e8res de No\u00ebl, j\u2019ai l\u2019impression que tout le monde f\u00eate quelque chose. Mais moi, je f\u00eate rien. Je veux juste une chambre chaude pour mon enfant. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/chouftolosa.info\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/IMG-20251210-WA0009-1-1024x760.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4345\" width=\"344\" height=\"242\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\"><strong>Mourad, 48 ans<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">Du c\u00f4t\u00e9 de la m\u00e9diath\u00e8que Jos\u00e9 Cabanis, Mourad, 48 ans, \u00e9tale un tapis de sol devant la porte d\u2019entr\u00e9e. Il a perdu son emploi, puis son logement, puis l\u2019espoir de se relever. Il tousse longuement avant de reprendre son r\u00e9cit. Il est malade, une bronchite qui tra\u00eene depuis des semaines. <em>\u00ab J\u2019ai rappel\u00e9 le 115 quatre fois aujourd\u2019hui. A la derni\u00e8re, ils m\u2019ont dit qu\u2019ils \u00e9taient d\u00e9sol\u00e9s, qu\u2019il n\u2019y avait rien. Alors je reste ici. On s\u2019habitue \u00e0 tout, m\u00eame \u00e0 \u00eatre invisible&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">Cet hiver, le contraste frappe fort \u00e0 chaque coin de rue toulousaine. Les sc\u00e8nes se r\u00e9p\u00e8tent, les visages changent, les pr\u00e9noms aussi. La r\u00e9alit\u00e9, elle, reste la m\u00eame : une ville brillante, illumin\u00e9e, qui d\u00e9pense plus d\u2019un million pour faire scintiller ses rues\u2026 et qui laisse des enfants dormir dehors.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">Le succ\u00e8s disait Winston Churchill, c\u2019est d\u2019aller d\u2019\u00e9chec en \u00e9chec sans perdre son enthousiasme&nbsp;; Toulouse n\u2019est pas loin du triomphe.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\" style=\"font-style:normal;font-weight:600\"><p>En France, les questions du logement et de l&#8217;h\u00e9bergement rel\u00e8vent d&#8217;abord de l&#8217;Etat. Mais les m\u00e9tropoles ont leur mot \u00e0 dire et un peu de possibilit\u00e9 d&#8217;agir. En novembre 2022, Jean-Luc Moudenc avait d&#8217;ailleurs sign\u00e9, avec une quarantaine d&#8217;autres maires de grandes villes, <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/societe\/article\/2022\/11\/16\/des-maires-de-tout-bord-appellent-a-une-mobilisation-generale-pour-les-enfants-sans-abri_6150093_3224.html\">une lettre<\/a> demandant \u00e0 Elisabeth Borne, alors premi\u00e8re ministre, de renoncer aux 14&nbsp;000&nbsp;suppressions de places d\u2019h\u00e9bergement d\u2019urgence pr\u00e9vues \u00e0 l&#8217;\u00e9poque dans le projet de loi de finances de 2023. Mais deux ans plus tard, en janvier 2025, Toulouse n&#8217;apparaissait pas en t\u00eate de liste <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/societe\/article\/2025\/01\/31\/hebergement-d-urgence-des-villes-s-engagent-avec-ou-sans-l-etat_6525039_3224.html\">des villes s&#8217;engageant pour l&#8217;h\u00e9bergement d&#8217;urgence<\/a> pour pallier les d\u00e9ficiences de l&#8217;Etat. Et entre temps, en janvier 2024, le maire de Toulouse s&#8217;est illustr\u00e9 en critiquant <a href=\"https:\/\/www.francebleu.fr\/infos\/societe\/une-directrice-d-ecole-de-toulouse-convoquee-au-rectorat-pour-avoir-aide-des-familles-sans-abri-8517093\">une directrice d&#8217;\u00e9cole qui avait ouvert son \u00e9tablissement \u00e0 des familles<\/a> pour \u00e9viter que des enfants dorment \u00e0 la rue au mois de d\u00e9cembre. Elle avait \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9e au rectorat. Et le maire avait consid\u00e9r\u00e9 qu&#8217;elle s&#8217;\u00e9tait <em>\u00ab&nbsp;mise hors la loi&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1,1 million d\u2019euros pour illuminer Toulouse. 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