Les jeunes toulousain·es ont massivement rejoint la mobilisation lycéenne qui secoue le pays depuis jeudi 1er octobre. Focus sur Toulouse-Lautrec, grand lycée des Quartiers nord de la ville, où Chouf Tolosa a rencontré et donné la parole à plusieurs de ces jeunes en colère et soumis à une répression démesurée des forces de l’ordre.
Depuis jeudi 1er octobre, comme partout en France, des dizaines d’établissements toulousains ont rejoint la mobilisation lycéenne qui pourrait bien monter en intensité dans les jours à venir.
Jeudi matin, Chouf Tolosa s’est rendu devant le lycée général et technologique Toulouse-Lautrec où nous avons pu constater une situation tendue. Des effectifs de policiers avaient été déployés en grand nombre et dans l’air flottait une épaisse fumée provenant des barricades en flammes et des nombreuses grenades lacrymogènes tirées sur les élèves.
La situation était revenue au calme peu après 13 heures mais les témoignages de nombreux jeunes, choqués par la réaction policière circulaient dans la foule encore massive au moment où un élève déguisé en Mario Bros, personnage iconique de la culture populaire, s’est fait embarqué par un équipage de la Bac sous l’acclamation des élèves qui sortaient leurs téléphones pour snaper la scène.
A cette occasion, nous avons pu recueillir les témoignage de quatre lycéen·nes de Terminale.
Evan, Anaïs, Melys et Jeanne nous ont raconté leur version des faits de l’escalade de la situation de ce jeudi devant le lycée : ils et elles parlent de pressions et de menaces et mentionnent une première grenade lancée par une fenêtre de véhicule par des policiers, et ce bien avant le moindre départ de feu, et alors que les élèves s’étaient rassemblés autour d’une prise de parole.
Surtout, les quatre lycéen·nes nous ont expliqué pourquoi et comment ils et elles participent à ce mouvement et nous ont parlé de leurs revendications, de ce qu’ils vivent au quotidien, de leurs convictions et de leure espoir à travers ce mouvement.
Malgré l’attitude répressive du gouvernement et des autorités, loin d’être découragés, ils et elles comptent bien continuer à se mobiliser dans les jours et semaines à venir. Pour que leurs voix soient entendues, et que l’on arrête de déformer leurs propos et de remettre en question la légitimité de leur combat.
Alors que le mouvement continue à grandir et à chercher une voie pour se faire entendre, un arrêté préfectoral a prononcé la fermeture administrative de nombreux lycées, dont Toulouse-Lautrec, dès le lendemain, vendfredi 2 octobre. Ce qui n’a pas empêché les lycéen·nes de Toulouse de poursuivre leur mobilisation, subissant une dure répression : selon les chiffres de la préfecture, 56 jeunes ont été placés en garde à vue dans le département de la Haute-Garonne jeudi soir et 65 le lendemain, uniquement dans l’agglomération toulousaine, à l’issue des mouvements de blocus et de rassemblements devant les établissements.
Une répression qui, comme nous l’avons constaté devant le lycée Toulouse-Lautrec, crée un sentiment de décalage et de fossé énorme. Entre d’un côté de très jeunes gens qui expérimentent leur premier mouvement social avec la fougue de leur jeune âge mais avec des revendications concrètes et une légitimité solide et de l’autre un dispositif policier démesuré, qui ne parle pas le même langage et qui tend la situation au lieu de la débloquer ou de la désamorcer.
Drôle de spectacle qui illustre assez bien la cassure entre la tour d’ivoire dans laquelle le gouvernement s’emmure et le réel du quotidien d’une jeunesse qui se sent délaissée.
Dans ce contexte tendu, de nouveaux appels sont lancés et un rendez-vous de mobilisation nationale est fixé au mardi 6 octobre. Une journée certainement chargée et qui en augure une autre qui est dans toutes les têtes : le 17 octobre et un retour annoncé du mouvement des Gilets jaunes. Affaire à suivre.
