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Adieu, mon Amouroux (1- mon quartier bien vivant)

by Sabrina Sauzet Sellami

C’est un quartier populaire toulousain dont on parle peu. Enclavé au nord-est de la ville, entre Bonnefoy, Roseraie et Croix Daurade. Amouroux est un petit îlot « gaulois » qui résiste – pour combien de temps encore ? – à la gentrification qui arrive à grands pas et de tous les côtés. Première partie: un petit tour à travers ses rues, ses parcs, ses espaces de vie et son histoire récente.

Une cité construite dans les années 60 (photo: S. Sauzet Sellami)

Il y a des années, Amouroux était classé parmi les quartiers prioritaires de Toulouse, tout comme les Izards, Empalot ou le Mirail. Dans les années 60, une cité était sortie de terre dans ce secteur du nord-est de la ville, construite pour accueillir les Français rapatriés en masse après la guerre de libération d’Algérie. Aujourd’hui encore, cette petite cité aux bâtiments gris et bas constitue le cœur d’Amouroux. Mais elle est désormais entourée d’un grand parc privé avec des maisons, des arbres et des bâtiments qui la dépassent largement et la dissimulent non sans habileté. Depuis les grands axes Roubichou/Michoun/Chemin Amouroux, on peine à croire que demeure là une cité abritant quelques 700 logements.

Pourtant, ce cœur de quartier est encore très vivant et de nombreux commerces y sont ouverts six jours sur sept. En été, petits et grands se retrouvent dehors jusque tard le soir. Les habitants de la vieille cité côtoient ceux du parc privé au stade de foot, à l’église Saint-André, au tabac ou encore au Marché Garonne, supérette historique connue bien au-delà d’Amouroux par une clientèle en quête de produits spécifiques (turcs, albanais, halal…). Malgré la présence importante de familles et d’enfants, il y a quelques années, la Maison des Solidarités fermait ses portes. Il existe désormais une MDS Amouroux-Bonnefoy, située beaucoup plus loin, vers la gare Matabiau, supposée répondre aux besoins des familles de ces deux espaces.

Bonnefoy est, lui, un secteur déjà largement gentrifié. La construction de la future station de métro en témoigne : comme une tâche d’huile, le centre-ville s’étend jusqu’à englober ses marges. Depuis quelques années, sur la rue du Faubourg-Bonnefoy, les commerces changent de visage. Quelques magasins témoins d’un avant-gentrification demeurent ouverts : une épicerie de produits africains ou encore une petite boutique de produits d’Europe de l’Est. Dans le même temps, de nouvelles propositions de consommation accompagnent les néo-arrivants. Il existe désormais trois fromageries « de quartier », ainsi qu’un petit atelier de réparation de vélos et un bar à vin. Sur cette avenue, les devantures sinistrées sont légion. Exit les kebabs, les salons de coiffure et autres barbiers, place aux librairies indépendantes, aux épiceries éco-locales et aux « CBD shops ».

L’Eglise Saint-André du quartier (photo: S. Sauzet Sellami)

Cette tâche d’huile approche dangereusement et implacablement d’Amouroux. Pour le moment, en termes d’architecture et de commerces, le quartier reste intouché par les assauts de la gentrification. Il n’en est pas moins bien doté en équipements divers et variés. Non loin du centre commercial principal, un second espace abrite des habitations et des commerces. Pour le rejoindre à partir du premier pôle, il faut emprunter une petite ruelle, fleurie en été, et qui sent bon le jasmin. Une agence immobilière y est surtout très fréquentée pour sa fonction de relais colis que les habitants ont plaisir à visiter pour l’extrême gentillesse de ses gérants. À choisir, on préfère passer une tête et dire bonjour plutôt que de récupérer son colis en locker. Près des coursives, il y a un petit parc et un terrain de pétanque fréquenté par les mêmes habitués qui s’amusent sous le regard de quelques assistantes maternelles en poussette, de vieilles dames et vieux messieurs en balade de santé. Certains racontent leur emménagement à la cité dans les années 60 – 70 et leur volonté d’y rester jusqu’à la fin.

Vers le chemin Amouroux, les changements à venir sont là aussi visibles, au loin, après la voie ferrée. Cette frontière de métal marque la transition vers le secteur de Croix Daurade. Là-bas, se dressent de grands bâtiments construits dans ce fameux style « nouvelle architecture originale », représentative de tous les espaces gentrifiés : bâtiments blancs, panneaux de bois coulissants ou murs végétaux sur les façades, parapets en plexiglass teintés pour faire à la mode. Les bâtiments semblent barricadés derrière d’épais grillages, si bien que c’est même à se demander comment les habitants parviennent à rejoindre leurs domiciles.

L’accueil jeune, très fréquenté par les ados (photo: S. Sauzet Sellami)

Entre Bonnefoy et Croix Daurade, donc, Amouroux résiste jusque là à l’irrésistible. Bien qu’il ne soit plus estampillé zone urbaine prioritaire par la Ville, la présence de certains équipements ne laisse pas de doute : nous sommes bien dans une « banlieue », une « cité ». Non loin de l’église Saint-André, un Accueil Jeunes chaleureux est très fréquenté par les adolescents du coin. Juste à côté encore, une maison de quartier abrite de nombreuses salles destinées à accueillir des associations. L’APSAR (Animation et Prévention Sociale Amouroux-Roseraie) y a ses locaux. Depuis 1985, les bénévoles proposent mensuellement un programme social, culturel et de loisirs pour les habitants : café à prix libre, bibliothèque et ludothèque, ateliers parents-enfants, éveil musical, formation aux outils numériques, accompagnement administratif, aide aux devoirs, etc. En été, les bénévoles installent la terrasse et proposent des boissons fraîches aux nombreuses familles qui fréquentent le petit parc, l’Accueil jeunes ou le terrain de basket. Les adultes habitués connaissent les enfants des un.es et des autres, offrent des menthes à l’eau aux gamins des voisins, s’interposent dans les chicaneries des petits sur le terrain de foot.

Bref, jusqu’ici, tout va bien. Mais… Comme toutes les zones dites sensibles, Amouroux souffre d’une image négative qui entache l’aura de la Ville rose, en passe de devenir la troisième métropole de France. Alors pas d’inquiétude, les pouvoirs publics ont trouvé la solution : faites place, la « mixité sociale » arrive.

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