La trente-cinquième édition de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) s’achève ce dimanche soir avec la finale Maroc-Sénégal. Comme tous les grands évènements sportifs, cette fête du foot a eu des résonances politiques. Avec, en tribune, une guest star du panafricanisme : Patrice Lumumba himself (ou presque).

Cette année, l’événement le plus marquant de la CAN s’est produit dans les tribunes. Michel Kuka Mboladinga, supporter originaire de la République Démocratique du Congo, s’est illustré par une performance artistique hautement politique. Pendant toute la durée des matchs de la RDC, Michel est resté immobile, bras levé, regard au loin, imitant la posture de la célèbre statue de Patrice Lumumba.
Cet acte en partie militant (Michel Kuka Mboladinga vit de ses imitations du leader congolais, payé soit par son club, soit, dans le cadre de la CAN, par la sélection nationale congolaise de football, indique Le Monde) a profité de la visibilité grandissante de la CAN à travers le monde pour remettre à l’ordre du jour la question du panafricanisme, qui était l’objectif premier de la compétition lors de sa création en 1957, en plein mouvement de décolonisation. Le sport est (géo)politique.
Cette performance s’inscrit dans un contexte politique particulier. Aujourd’hui, les vieux empires coloniaux comme la France n’ont plus le vent en poupe sur le continent africain. Depuis plusieurs années, de nombreux pays réaffirment avec force leur souveraineté et leur volonté de multiplier les partenariats politiques et économiques avec d’autres acteurs. Le Sénégal, le Tchad, le Mali ou encore le Niger demandent ou organisent le retrait définitif des troupes françaises sur leurs territoires, le franc CFA est plus contesté que jamais et fait l’objet de réformes depuis 2019, le français perd sa place de langue officielle au Burkina Faso, le bras de fer mémoriel entre l’Algérie et la France se traduit par des crises diplomatiques récurrentes…
Face aux réactions des vieilles puissances coloniales qui se braquent et refusent la marche de l’histoire, les pays africains sont nombreux à faire renaître l’idée d’unité qui était chère à Patrice Lumumba, symbole de la décolonisation et du panafricanisme. Fondateur du Mouvement National Congolais (MNC), il a joué un rôle fondamental pour l’indépendance du pays, le 30 juin 1960. Assassiné le 17 janvier 1961 par des rivaux soutenus par les empires coloniaux (français et belge notamment), le premier Premier Ministre du Congo libre n’avait cessé d’exhorter les peuples africains à l’indépendance, à la justice sociale et à l’unité. L’hommage vibrant de Michel Kaku à Lumumba nous rappelle cela : au bout du compte et contre tous les pouvoirs illégitimes, ce sont les peuples qui seront souverains.
