Home L'actuA la une Refabriquer du rêve dans les quartiers

Refabriquer du rêve dans les quartiers

by Sabrina Sauzet Sellami

Vendredi 16 janvier, le restaurant et lieu associatif Si ma cantine m’était contée, aux Izards, a accueilli la journaliste et autrice Nora Hamadi. Elle est venue parler de son récit autobiographique récemment paru, intitulé La Maison des Rêves. Retour sur une rencontre qui a fait salle comble.

La journaliste Nora Hamadi a pu échanger avec un public nombreux (photo: Meryem Bahia)

A l’initiative du restau associatif Si ma cantine m’était contée, du Tactikollectif et de la librairie Paysages Humains, la journaliste Nora Hamadi, en charge depuis septembre de la revue de presse quotidienne dans la matinale de France Inter, est venue à la rencontre des toulousain·es.

Au cours d’une rencontre animée par Tayeb Cherfi*, vendredi 16 janvier en début de soirée, la journaliste a pu échanger avec des habitant·es du quartier des Izards et d’ailleurs, autour de son ouvrage autobiographique La Maison des Rêves, paru aux éditions Flammarion en septembre dernier.

Le titre de l’ouvrage fait référence à un ancien lieu associatif du quartier de La Rocade Bel-Air à Longjumeau dans l’Essonne, où Nora Hamadi a grandi dans les années 80. D’abord connu sous le nom froid de « local B10 – B11 » du fait des deux tours éponymes qui l’entourent, cet espace est renommé « La Maison des Rêves », sur une idée originale d’une enfant qui le fréquente. C’est en effet ce qu’il représente pour des générations de gamins et de gamines, dont Nora fait partie, qui y trouvent gratuitement de l’aide aux devoirs, une initiation à la danse, au théâtre, des sorties au stade ou à la piscine, bref, une vie de quartier solidaire et mouvementée. « La Maison des Rêves » est une bouffée d’air pour les enfants qui y dessinent leur quotidien et leurs espoirs, loin de la ville. Car dans cette banlieue périurbaine, flanquée entre le périphérique et les champs, loin des représentations de grands ensembles que l’on peut se faire quand on parle des quartiers, les habitant.e.s vivent comme dans un petit « village vertical ». Dans les années 80 et 90, acteurs sociaux et habitant.e.s travaillent main dans la main à faire vivre ce quartier. Des souvenirs de moments heureux que Nora partage avec ses parents, son frère, sa grand-mère et ses ami.e.s d’alors.

Un récit personnel pour nourrir une histoire universelle (photo: Meryem Bahia)

Ce récit est aussi l’histoire de la fin de ce rêve, interrompu par des politiques publiques toujours plus inégalitaires, faites de coupes budgétaires et de stigmatisation incessante des quartiers et de leurs habitant.e.s. Le tournant des années 2000 est dramatique, entre installation du trafic de drogue et désertion complète de l’État. Cette fracture va se faire sentir encore plus profondément après la mort tragique des jeunes Zyed et Bouna en novembre 2005 à Clichy-sous-bois. Les jeunes n’ont plus confiance en ce que l’État peut leur offrir, et ce dernier ne fait que les confirmer en poursuivant son tournant réactionnaire et démissionnaire.

Bien plus qu’un récit autobiographique, l’ouvrage de Nora Hamadi s’attelle à raconter une histoire universelle, celle des laissé·es-pour-compte, celle des citoyen·nes de seconde zone qui voient leurs quartiers se délabrer, leurs espoirs et leurs rêves se faner. La Maison des Rêves, c’est l’histoire des « territoires perdants de la République », selon l’autrice.

Alors, comment peut-on rêver dans les quartiers lorsqu’on n’a plus de maison des rêves ? Au cours de l’échange avec les personnes venues à la cantine, Nora Hamadi a proposé de la reconstruire, ensemble. Au-delà d’un simple lieu, la Maison des Rêves est un ensemble d’individus qui souhaitent se rencontrer, discuter, imaginer et tisser un avenir ensemble. Un peu comme Si ma cantine m’était contée, le restaurant qui accueillait cette rencontre et cette discussion. Lesquelles se sont clôturées sur un repas convivial ouvert à tous·tes, donnant l’occasion de revenir collectivement sur ce riche échange.

Depuis mai dernier, le restaurant et lieu associatif Si ma cantine m’était contée a ouvert ses portes aux Izards. Ce « restau culturel » tenu par Yamina Aïssa Abdi*, fondatrice de l'association Izards attitude, s’est donné pour objectif d’être non seulement un lieu où l'on mange sain, mais aussi un espace de discussions, de partage, de lecture et de solidarité. Dans ce cadre, des rencontres avec des personnalités du monde culturel sont organisées depuis décembre. Avant Nora Hamadi, les autrices Émilie Laystary et Dominique Martre avaient ainsi déjà poussé les portes de la cantine pour y présenter leurs ouvrages.

* Tayeb Cherfi et Yamina Aïssa Abdi sont membres du Conseil d’Administration des Ateliers de Chouf Tolosa

0 comment
4

Related Articles