En l’espace d’un mois, la justice française a requalifié en « violences volontaires » les accusations contre le policier qui a tué Nahel Merzouk en juin 2023 après avoir prononcé un non-lieu dans l’affaire Adama Traoré, tué en juillet 2016.

Le 5 mars 2026, la cour d’appel de Versailles a statué sur l’affaire du meurtre de Nahel Merzouk, tué par un policier en juin 2023. La décision a de quoi surprendre : le policier mis en cause doit être renvoyé devant la cour criminelle pour « violences volontaires », et non plus devant les assises pour meurtre. Trois semaines plus tôt, le 11 février, la cour de cassation, plus haute juridiction française, avait, elle, prononcé un non-lieu définitif pour le gendarme impliqué dans la la mort d’Adama Traoré en juillet 2016 .
Ce n’est qu’une confirmation : Malgré les preuves innombrables, malgré la médecine légale, malgré les vidéos (limpides et accablantes dans le cas de Nahel Merzouk où l’on distingue le policier l’abattre quasiment à bout portant), malgré les enregistrements, rien n’y fait, la justice n’est pas rendue de la même manière pour tout le monde. Coup(s) sur coup(s), c’est le même message qui vient d’être envoyé aux jeunes Arabes et Noirs des quartiers populaires : vos vies valent moins que les autres.
Dans les deux cas, les familles des victimes ont réagi avec courage et dignité. La mère de Nahel Merzouk a annoncé se pourvoir en cassation. L’avocat de la famille Traoré, Yacine Bouzrou, et la sœur d’Adama, Assa, ont fait savoir qu’ils allaient saisir la Cour européenne des Droits de l’Homme. Comme toujours, les familles, et surtout les mères, les sœurs, les belles-sœurs, sont au front, encore et encore, pour demander la Vérité et la Justice.
Depuis 20 ans, le nombre de morts causées par les forces de l’ordre a doublé. Jusqu’à quand ? À quel prix physique, psychologique, collectif ? Combien de temps encore faudra-t-il marteler que la vie des Nôtres et de nos jeunes hommes, surtout, n’est pas insignifiante ? Combien de Comités Vérité et Justice ? Pourquoi cette question n’est-elle toujours pas au cœur des préoccupations de nos politiques, à droite comme (très à) gauche ?
Elle est pourtant sans cesse reposée. Lundi 16 mars au soir à Noisiel, en Seine et Marne, un jeune homme non-blanc a encore été interpellé dans des conditions très violentes. Sur l’une des vidéos qui ont capté la scène, on voit ce jeune frappé et poursuivi, puis plaqué au sol, la tête maintenue dans un nuage de gaz lacrymogène déclenché par le policier qui ensuite lui assène plusieurs coups de poing. L’IGPN a été saisie.
À Toulouse, un autre dossier concernant des violences policières supposées est toujours en cours. Le 24 janvier 2025, dans le quartier de Bagatelle, Bilal Thibault Weninger a perdu la vie après avoir croisé la route de la police, alors qu’il circulait sur son scooter. Depuis, l’enquête piétine, et comme très souvent dans ces affaires, la famille fait l’objet de tentatives d’intimidations pour retirer ses poursuites. A l’occasion de l’anniversaire des un an de sa mort, La Dépêche du midi a publié un article relayant des accusations infondées et profondément indignes selon lesquelles la famille chercherait le « buzz ». « Ils rêvent d’une affaire Nahel », y affirme une source anonyme. Phrase qui, en creux, dit bien le continuum français des violences policières dans les quartiers – et aussi la lâcheté de ceux qui les couvrent. Et des accusations et insinuations qui sont un poids supplémentaire à porter dans la cargaison déjà bien chargée des proches des victimes.
Face à ça, le soutien à ces dignes familles endeuillées devrait se faire plus audible. Et même tonitruant, à l’heure où le bruit des bottes, lui, est de plus en plus retentissant.
Vérité et Justice pour toutes les victimes du système police-justice, Vérité et Justice pour les familles.
A (re)lire sur Chouf Tolosa : Reconstruire après la mort de Nahel et les révoltes, 21 juillet 2023 Toulouse, cinq jours sous tensions dans les quartiers, 21 juillet 2023 « C’est même pas qu’ils confondent, c’est qu’ils s’en foutent », 5 avril 2023
