Home L'actuA la une Une “chanson sans peur” au Monument aux mortes

Une “chanson sans peur” au Monument aux mortes

by Khadija
Sur le parvis du monument aux morts de Toulouse, des flammes et des messages pour les femmes victimes de violences (© Khadija)

Mercredi 25 novembre, la manifestation contre les violences faites aux femmes et aux minorités de genre a été un vrai succès à Toulouse. Elle a rassemblé environ 5000 personnes selon les organisateur.ice.s. Compte-rendu par le menu.

Ce 25 novembre, c’était la journée de lutte contre les violences faites aux femmes et à cette occasion une manifestation était prévue au départ de la place du Capitole. Je m’y suis rendue pour Chouf Tolosa.

18h. tout le monde se rassemble progressivement. Quelques personnes prennent la parole dans un micro, les masques et le bruissement de la foule empêchent de bien entendre. Mais je comprends qu’elles expliquent les raisons de la manifestation, donnent quelques revendications et précisent comment va se dérouler l’avancée du cortège.

Nous partons vers 18h20, en rythme avec des percussions. Nous marchons lentement, mais sûrement, en scandant des slogans féministes. La marche se poursuit jusqu’à Jean Jaurès où nous faisons une halte. Plusieurs personnes et collectifs prennent à ce moment-là la parole. Une jeune femme revient sur l’origine de cette journée : « un 25 novembre de l’année 1960, trois femmes dominicaines, les sœurs Mirabal, sont assassinées sur les ordres du chef de l’Etat dominicain. Le 19 octobre 1999, lors de la 54e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, les représentants de la République dominicaine et 74 États membres ont présenté un projet de résolution visant à faire du 25 novembre la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. »

Plus tard, une autre femme prend la parole pour dénoncer la mise en concurrence par le gouvernement du 3919 – le numéro de téléphone gratuit et anonyme pour les femmes victimes de violence -, sur un marché public. Une telle mise en concurrence revient à créer un numéro rentable et plus tellement soucieux de l’écoute des femmes en détresse.

« Fières, vénères et pas prêtes à se taire ! » (©Khadija)

Deux autres femmes prennent ensuite le micro pour faire un appel à soutien à leur amie Jennifer*. Une femme trans incarcérée depuis juin pour homicide volontaire sur un homme qu’elle accuse de viol. Elle se trouve enfermée dans une prison où elle est mise à l’isolement. Son état civil ne correspondant pas à son identité de genre, elle est maintenue dans une prison pour homme. Les deux oratrices précisent que cette femme est victime de propos et d’actes transphobes de la part des gardiens. Et appellent à briser cet isolement en faisant un don, en écrivant des mots de soutiens etc.

Ce discours est suivi par celui du représentant d’un comité qui vient en aide aux travailleu.r.se.s du sexe, il nous informe de l’extrême précarité dans laquelle la crise sanitaire a plongé cette population, et des risques qu’elle encourt à cause de cette crise. D’autres personnes prennent la parole, puis la séquence se clôture par une chanson féministe mexicaine contre les féminicides “Canción sin miedo”, de Vivir Quintana, entonnée par une partie de la foule.

Vidéo réalisée par le Collectif Auto Média énervé (CAMÉ)

Puis nous reprenons la marche.

Je croise une amie et nous marchons tranquillement ensemble, vers le monument aux morts, toujours en entonnant nos slogans. Arrivé là-bas, un escadron de CRS nous attend, mais tout se passe bien. Une jeune femme vient nous aborder et nous demande si nous voulons bien, mon amie et moi-même, tenir des pancartes qui forment un message en mosaïque avec les visages de victimes de violences. Nous acceptons et nous plaçons au pied du monument, toutes alignées (une dizaine en tout) face aux manifestantes et dos aux CRS.

Les organisatrices appellent à allumer une bougie ou à déposer un message en mémoire des victimes de violences faites aux femmes. Et rebaptisent, pour l’occasion, le monument au mort, « monument aux mortes ». Des personnes disséminées dans la foule commencent alors avec des mégaphones à égréner des noms de femmes mortes sous les coups de leurs maris, de leurs compagnons, d’hommes qu’elles ne connaissaient pas, etc. Tout le monde écoute en silence. Un moment fort et très émouvant qui signe la fin de la manifestation vers 21h.

Bien que le chemin à parcourir soit encore long sur ce sujet, j’en suis ressortie avec un sentiment d’espoir et surtout d’unité. Et une preuve, s’il en fallait une, que les féministes toulousaines sont « fières, vénères et pas prêtes à se taire ! »

* son prénom a été changé.

1 comment
1

Related Articles

1 comment

Info Libertaire - Actualité militante et info anarchiste 1 décembre 2020 - 1 h 41 min

[…] Lire la suite sur Chouf Tolosa […]

Leave a Comment