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TFC, une deuxième coupe et une autre histoire

by Nabil

Il y a une semaine, samedi 29 avril, le Toulouse FC a remporté sa deuxième coupe de France de football face à Nantes. La précédente datait de 1957, en pleine « guerre d’Algérie ». L’année suivante, certains des joueurs du club avaient rejoint l’équipe du Front de Libération Nationale algérien (FLN), nommée le « 11 de l’Indépendance ». Retour sur cet épisode de l’histoire du club, de la ville et du pays.

Le TFC vainqueur de la Coupe de France en 1957, Abdelhamid Bouchouk (à droite) et Saïd Brahimi promènent la coupe (exposition “O Bledi, O Toulouse”, association Tactikollectif)

Samedi 29 avril au stade de France, le « Téf » a réalisé l’exploit en remportant la coupe de France de football sur le score incroyable de 5 à 1 contre le FC Nantes. Cette équipe semble réserver bien des surprises : encore en L2 l’année dernière, aujourd’hui brandissant leur trophée place du Cap, les Violets ont une histoire chargée et un avenir prometteur, fort de sa diversité et de sa capacité à faire une équipe soudée à partir d’éléments venus d’horizons divers, pour le plus grand plaisir du chaleureux public toulousain.

Le Tifo des supporters toulousains déroulé au Stade de France (DR)
Le défenseur Cap verdien Logan Costa auteur de 2 buts en finale contre Nantes (DR).

Comme le rappelle le quotidien l’Equipe, le onze de départ aligné par l’entraîneur Philippe Montanier en finale était intégralement composé de joueurs étrangers :  Pays-Bas (Van den Boomen, Dallinga, Spierings), Danemark (Nicolaisen, Desler) mais aussi Algérie, Maroc, Belgique, Chili, Norvège et Cap Vert. Il s’agit d’ « une première dans l’histoire des finales de la compétition », souligne  l’Equipe.

Si cette composition mondialisée est aujourd’hui avant tout le résultat d’une politique de recrutement menée à l’aide de données, de statistiques et de data, le cosmopolitisme du Tèf nous ramène à une autre époque et une autre histoire, souvent mal connue : celle des années 50 où des joueurs algériens évoluant dans différents clubs de la Métropole, et pour certains même dans la sélection nationale française (l’Algérie étant alors considérée comme un “département français”) ont rejoint l’équipe du Front de libération nationale (FLN) algérien. Ils avaient alors tout quitté pour un projet grand et fou, celui de la lutte pour l’indépendance algérienne.

Le 13 avril 1958, 9 joueurs quittaient clandestinement la France pour réapparaître quelques jours plus tard à Tunis sous la forme de ce qui sera le fameux 11 de l’indépendance.

Le 11 de l’Indépendance (DR).
En “Une” de son édition du 13 avril 1958, le journal L’Equipe s’interroge sur la disparition des joueurs algériens.

Le plus connu d’entre ces révolutionnaires du ballon rond est sans doute le prodige stéphanois Rachid Mekhloufi (qui remportera d’ailleurs aussi la coupe de France en 1968 avec l’ASSE), mais deux joueurs du TFC ont aussi pris part à cette aventure: Saïd Brahimi et Abdelhamid Bouchouk, vainqueurs de la coupe de France l’année précédente, en 1957. Les deux ont même été buteurs lors de la finale, remportée 6 à 3, un record, face à Angers. En ce mois d’avril 1958, ils retrouveront au sein du 11 de l’indépendance leur ex-coéquipier au TFC Saïd Hadad, qui avait rejoint le club de Toulon deux ans avant, en 1956. Certains commentateurs iront jusqu’à émettre la possibilité que la Coupe aurait pu être regagnée par Toulouse cette année 1958 si ces joueurs étaient restés au club. Le fait est qu’ils n’ont pas hésité, comme leurs camarades, à abandonner leur confort de joueur professionnel pour la cause révolutionnaire. Le retour, après l’indépendance, sera plus ou moins évident selon les parcours des uns et des autres.

A droite, Abdelhamid Bouchouk, avec le manteau à carreaux, et Saïd Brahimi qui tient le le journal (exposition “O Bledi, O Toulouse”, association Tactikollectif)

Car lors de cette année 58, certains de ces joueurs auraient pu jouer la Coupe du monde avec la sélection française, Coupe du monde qui fût celle des brésiliens et d’un certain, et tout jeune, Pelé, légende du monde du football, mort le 29 décembre dernier. Mais non, renonçant au prestige et à la gloire, ils ont préféré rejoindre le camp de la libération algérienne et participé à la modeste, mais noble, tournée mondiale de matchs amicaux de l’équipe du FLN.

Cette histoire du club fait aussi écho à celle de la « Ville rose », tout à la fois profondément ancrée dans son identité occitane, et ouverte sur le monde. L’histoire bien sûr de la retirada de 1939, l’exil des républicains espagnols fuyant le régime de Franco et qui ont pour beaucoup trouvé asile en terre toulousaine et celle de toutes les autres migrations qui se sont succédé. Une culture mêlant fierté occitane et sens de l’accueil, ce qu’on peut appeler « la Convivencia » . Cette équipe du TFC cosmopolite et unie reflète cet état d’esprit et les couleurs de son public et de la population de la ville. En ces temps de repli identitaire, qu’elle puisse servir de modèle de vivre ensemble et de réussite collective. Et Forza Viola !

Quelques bribes de l’ambiance toulousaine par le HuffPost

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