Yamina, co-fondatrice de Izards attitude et de Au cœur de ma cantine, revient sur la genèse et la dynamique de ces deux associations des quartiers nord.
Un récit des Izards par Yamina *

Oser !!!
Oser quoi ? Oser comment ? Oser seul ? Oser en groupe ?
Oser quand tout va bien ? Ou oser quand tout va mal ?
Il y a quelques années, au quartier Izards Trois Cocus, il fallait oser s’indigner, questionner, crier de rage face à trop d’injustice.
Il fut un temps où il faisait bon vivre au quartier Izards Trois Cocus, c’était avant la rénovation urbaine, avant que les anciens habitants et habitantes ne soient délocalisés ailleurs, avant la destruction de leurs immeubles…
On s’inquiétait aussi du climat toxique et anxiogène au pied de nos immeubles, des embrouilles avec la police puis entre jeunes.
On a beaucoup culpabilisé quand les enfants ont quitté l’école et sont tombés dans la délinquance. On a souffert du regard et des préjugés des autres qui nous traitaient de parents démissionnaires.
Heureusement que nous avions le soutien du Centre Social qui accompagne les initiatives d’habitants.
Alors, avec les mamans du quartier, on a créé l’association Izards Attitude, on s’est organisées, on a créé notre collectif pour trouver des solutions et pour se soutenir, parce qu’on n’allait pas bien du tout.
Il y a eu une période de violence extrême où des jeunes ont perdu la vie.
Nous avons réagi en organisant des groupes de paroles avec une psychologue, des rencontres avec d’autres collectifs de femmes, des visites d’autres quartiers en France, les visites culturelles suite à notre rencontre avec le Tactikollectif.
On a aussi voulu occuper l’espace public pour montrer autre chose que le deal, pour se retrouver, pour organiser des événements et animations, pour passer un bon moment, pour retrouver un peu de convivialité… Parce que c’est important de partager, ensemble.
* Récits des Izards
Fin avril 2026, les Ateliers de Chouf Tolosa ont animé un atelier d'écriture pour l'association Izards attitude. Il s'agissait d'accompagner des habitant·es dans l'écriture d'un texte personnel. Seule contrainte, il fallait un lien, même ténu, avec le quartier. Ni thématique, ni format imposé, ni taille requise, aucune exigence de style ou de « niveau ».
Le résultat de cet atelier est bavard : tous les textes racontent à leur façon, avec des mots d'enfants, de femmes, de mères, l'importance du tissu associatif dans un quartier. Ils disent qu'un centre social, une association et des animateurs·trices ayant l'éducation populaire à cœur sont les premiers outils et les meilleur·es allié·es pour découvrir, rencontrer et s'ouvrir des chemins d'émancipation.
Chouf Tolosa vous donne à lire ces micro-récits qui disent aussi la vie, la joie et la solidarité des quartiers, plus forts que leur mauvaise réputation.

Il y a quelques années, nous avons créé l’association « Au Coeur de Ma Cantine » qui porte le projet de restauration « Si Ma Cantine m’était contée ». Nous voulions avoir accès à une alimentation saine en promouvant les produits bio de la Ferme de Borde et les circuits courts.
Cette cantine est née d’un imaginaire, celui d’un lieu où la culture a toute sa place, où l’on peut lire des livres à voix hautes, ou des auteurs viennent à la rencontre des habitant·es, où l’on peut prendre un café en terrasse, on l’on peut goûter des plats cuisinés par les gens, un lieu tenu par et pour des habitant·es d’ici ou d’ailleurs.
Je voulais faire bouger les lignes, participer à la vie du quartier, avec les partenaires du quartier, avec des gens d’ici et d’ailleurs.
On l’a joué collectif, c’est ce qui nous a permis d’exister dans la durée.
Cette année, Izards Attitude va fêter ses 13 ans, Au cœur de ma Cantine va fêter ses 4 ans…
