Home L'actuA la une ⵣ Abrid n Tmunt (Le chemin de l’amitié ) ⵣ

ⵣ Abrid n Tmunt (Le chemin de l’amitié ) ⵣ

by La rédac Chouf Tolosa

En trois ans, Rachida a noué une solide relation avec Nassima. D’abord au travail, puis avec les enfants, enfin dans le partage de leur culture Amazigh commune. Cette amitié lui a ouvert des portes et a renforcé sa confiance en elle.

Un récit des Izards par Rachida BF *

Rachida et Nassima dans leur tenues traditionnelles Amazighes, versions chleuh (Maroc) et kabyke (Algérie) (photo: Rachida)

Au début, en 2022, Nassima et moi, on se connaissait à peine. On était simplement deux collègues à l’école, située au nord de Toulouse, travaillant dans l’animation, sans vraiment échanger. Puis, peu à peu, les choses ont évolué. On se retrouvait parfois dans la même salle avec les enfants pour les activités du soir, et ces moments partagés nous ont naturellement rapprochées. Comme on habitait à proximité l’une de l’autre, on rentrait souvent ensemble après le travail. C’est ainsi, petit à petit, qu’on a appris à mieux se connaître.

Ce qui nous a aussi rapprochées, c’est que nous avons des origines Amazighes. Nassima est kabyle d’Algérie, et moi je suis chleuh du Maroc. Même si nous ne venons pas du même pays, nous nous comprenons facilement. Nous sommes toutes les deux nées à la campagne, et avons des traditions ainsi qu’une culture proches, ce qui nous a tout de suite mises en confiance. La langue de Nassima est différente de la mienne, mais je comprends quand elle parle avec sa famille, et c’est pareil pour elle avec moi.

Nous avons même le même alphabet, qui s’appelle le tifinagh, et nous portons le même drapeau avec trois couleurs : le bleu, le jaune et le vert, qui représentent le ciel, le soleil et la terre. Nous partageons aussi le même Nouvel An, appelé Yennayer, que nous fêtons ensemble.

Un jour, j’ai organisé un défilé culturel à l’école. À la fin du défilé, Nassima et moi avons décidé de faire une surprise en défilant ensemble. J’ai mis ma tenue traditionnelle, Nassima aussi, et nous avons porté le drapeau Amazigh qui nous unit.

Les enfants étaient surpris et posaient beaucoup de questions : « D’où vient ce drapeau ? » Le lendemain, les maîtresses aussi sont venues nous interroger. C’était une grande fierté pour nous deux, car nous avons pu présenter nos origines et faire découvrir aux autres quelque chose qu’ils ne connaissaient pas. Tous ces détails renforcent ma relation avec Nassima, car elle aime profondément ses origines, comme moi.

* Récits des Izards

Fin avril 2026, les Ateliers de Chouf Tolosa ont animé un atelier d'écriture pour l'association Izards attitude. Il s'agissait d'accompagner des habitant·es dans l'écriture d'un texte personnel. Seule contrainte, il fallait un lien, même ténu, avec le quartier. Ni thématique, ni format imposé, ni taille requise, aucune exigence de style ou de « niveau ». 

Le résultat de cet atelier est bavard : tous les textes racontent à leur façon, avec des mots d'enfants, de femmes, de mères, l'importance du tissu associatif dans un quartier. Ils disent qu'un centre social, une association et des animateurs·trices ayant l'éducation populaire à cœur sont les premiers outils et les meilleur·es allié·es pour découvrir, rencontrer et s'ouvrir des chemins d'émancipation. 

Chouf Tolosa vous donne à lire ces micro-récits qui disent aussi la vie, la joie et la solidarité des quartiers, plus forts que leur mauvaise réputation. 

De temps en temps, on organisait des sorties pour faire la rencontre de nos enfants. Et Nassima me parlait souvent de l’association Izards Attitude où ses enfants faisaient de l’aide aux devoirs et des événements. Un vendredi, en rentrant du travail, on s’est arrêtées à Trois Cocus où il y avait un défilé culturel. Nassima m’a présentée à Lisa, la responsable de l’association. Elle m’a invitée à adhérer. J’ai accepté et suis allée voir l’équipe de l’association, j’ai fait la rencontre avec Mounia et Noura, des coordinatrices. J’ai jeté un œil sur le programme de l’été, une sortie me plaisait, je me suis inscrite sur place.

Quelques temps plus tard, Lisa m’a proposé de participer à un évènement. J’ai accepté, sans trop savoir ce que cela allait changer dans ma vie. J’ai commencé comme bénévole pour une fête de quartier. J’y ai rencontré des personnes, et pour la première fois, je me suis sentie à ma place.

Après ça, tout s’est enchaîné naturellement. J’ai participé à des sorties avec le groupe, dont une nuit sous tente avec ma famille, à Monclar de Quercy, vers Montauban. Cette expérience m’a beaucoup aidée. Elle m’a donné confiance, et même mon mari était rassuré.

Petit à petit, je me suis impliquée dans l’association. J’ai cuisiné avec d’autres femmes pour des repas solidaires pour Ramadan. J’ai découvert que j’étais capable de faire des choses et que j’avais ma place dans le groupe de l’association.

J’ai aussi participé à un projet de lecture avec ma fille, que Lisa avait déjà organisé l’année dernière avec Fazia. Grâce à ce projet, nous avons vécu une expérience nouvelle : une randonnée avec le groupe. Cette sortie a été un moment important qui m’a fait grandir ou réfléchir différemment. Elle m’a aidé à dépasser une peur à cause de mes douleurs aux jambes. Avec le soutien du groupe et de ma fille de 8 ans, j’ai réussi à marcher trois heures avec des bagages lourds pour aller jusqu’à un refuge sur une île. Le chemin était difficile. Il faisait chaud, on était fatiguées, mais on a continué sans abandonner. Quand je suis arrivée, j’étais très fatiguée et je marchais à peine, mais j’étais fière de moi.

Depuis cette expérience, ma vie a changé. J’ai pris l’habitude de marcher presque tous les jours, au moins 3 kilomètres, autour du quartier, avec les enfants, et surtout avec Nassima qui est toujours là, avec moi. Petit à petit, j’ai commencé à me fixer de nouveaux objectifs : prendre soin de moi, bouger plus et faire attention à ma santé.

Aujourd’hui, je peux le dire avec certitude : ma rencontre avec Nassima a ouvert une porte que je n’osais pas ouvrir. Elle m’a aidée à avoir confiance en moi et à vivre des choses que je n’aurais jamais osé vivre toute seule.

0 comment
0

Related Articles