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Brèves de confinement (#6)

by Bens

Aujourd’hui, l’épisode 4 de la série « Le four ne meurt jamais », de Ben’s, toujours à retrouver sur le site de l’auteure. On continue de suivre Hamza et l’on entend pour la première fois parler de Tata Rabla…

© Bens

Hamza et Nono, étaient donc ce soir là posés au 9ème, attendant comme d’habitude la montée de clients dans les étages; quand Jack et Hich, deux des gérants du Four, ont débarqué avec des paires de gants et des masques pour en équiper le poste, à la place des sacs habituels de jeux à gratter qu’on fournissait parfois avec les doses, pour fidéliser la clientèle.

Durant cette période un peu particulière, l’équipe de Chouf Tolosa vous propose une nouvelle série, ces « brèves de confinement », notre façon de raconter cette séquence de l’intérieur. Bonne lecture et n’hésitez pas à nous envoyer vos propres récits ( contact@chouftolosa.info ).

« – Oh des numéros un les gars, vous avez eu une bonne idée, bien la photo ! On passe en plan CORONAVIRUS ! Vous allez porter ça : des gants et des masques.Comme ça les youls quand ils viendront chercher leur matos, ils seront rassurés. Image de marque, nous on fait ça propre.» Et c’est comme ça que le poste a récupéré tout ce qu’il fallait pour appliquer les « gestes barrières » que le gouvernement avait commencé à nous répéter entre les publicités à la TV.

« – T’en donnes a tous les bosseurs là,et les recharges Hamza, t’en pose un peu “au dar “, et le reste chez Tata Rabla Ok ? » Et c’est sur ça que Jack et Hich s’en sont allé, chargés d’approvisionner en matériel les autres postes du coin qu’ils avaient récemment pris en gestion. L’échiquier avait pas mal changé ces derniers mois, et Hamza avait fini par se dire que les derniers règlements de comptes dans le quartier n’avaient finalement pas fait que des malheureux.

” Le dar” c’était pas chez Hamza. Légalement, c’était chez une cousine éloignée de Hich ( qu’on appelait “Hich Hich”, quand il n’était pas là). La cousine s’était mariée, vivait depuis plusieurs années ailleurs, et sous-louait illégalement son HLM au four dans le dos de son mec, pour y loger les choufs, guetteurs et tous ceux qui voulaient bosser au poste, contre un toit sur la tête. Tout le monde y trouvait son compte : le bailleur avait son loyer payé, la cousine l’oseille pour son shopping, les petits en fugue d’un peu partout en France, un abri pour quelques temps, et le four, de la main d’oeuvre bon marché, et bien sous sa main. “Le dar”, ça aidait le four à entretenir son faux rôle de sauveur de la jeunesse en errance…

Tata Rabla, c’est la nourrisse du bâtiment sur lequel Hamza est en poste depuis quelques années déjà. C’est un phénomène, maman de 2 enfants, et nourrisse en même temps. Tata Rabla, parce que c’est un peu la tatie à tout le monde, elle a formé Hamza et d’autres avant et après lui. Quand tu rentres dans le circuit, c’est elle qui bichonne. Qui conseille, qui fait les sandwichs qui alimentent les mecs qui bossent dans les bâtiments. C’est chez elle qu’on se ravitaille, c’est elle qui pense les plaies, donne les premiers soins, celle qui fait la lessive à ceux qui n’ont pas de chez eux, et qui pour quelque temps vivront « au dar ». Parait même que plusieurs des gars de la Cité, ont perdu leur innocence sur son oreiller.

Ça a jamais été son délire à Hamza. Il était jeune quand elle a débarquait à la Cité d’une autre ville. Puis les années avaient passées et ado, Hamza avait fini par passer sa première soirée chez Tata Rabla… Le samedi soir, elle invitait ses copines, et les jeunes qu’elle préférait au quartier pour de sacrés nuits… Et on avait pris l’habitude de dire que tout ce qui se passait chez Tata Rabla, y restait. Là-bas, les jeunes se lâchaient, et c’est la-bas que beaucoup de la cité avait fait leurs premières expérience, de blanche notamment, que Tata Rabla appréciait particulièrement.

Certains le croyaient, mais c’était pas forcément à cause d’elle qu’elle avait fini par donner son corps, Tata Rabla. Et si il l’avait jugé au départ, Hamza avait changé le regard qu’il portait sur elle, un soir où sous machine, alcool et on ne sait quoi d’autre, elle avait abordé en larmes et à demi mots, tout ce que les hommes lui avaient fait subir depuis son premier viol. Hamza a compris ce soir là qu’elle en avait connu d’autres. Elle était de celles à qui la vie n’a jamais fait de cadeau. Ils n’avaient jamais reparlé de ce soir là et Hamza n’a jamais su pourquoi elle l’avait fait. Parfois en regardant la tess vivre, posé sur une chaise à la place, il repense aux marques que ce soir là, elle avait autour du cou et du poignet. Et Hamza peut pas s’empêcher de se demander lequel d’entre eux, est finalement assez fils de pute, pour les lui avoir fait…

Quand il le pouvait, Hamza descendait ses fils faire un foot, quand certains de la Tess montait chez Tata Rabla, faire un tour.

Ce soir là, 20h sur TF1, le président annonçait la fermeture des écoles.

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