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Retour en classe: à Bellefontaine, l’inquiétude des parents

by Leïla Larabi

Au terme de cette première semaine de déconfinement, nous avons demandé à plusieurs mamans du quartier de Bellefontaine comment se passait le retour à l’école. La méfiance et l’inquiétude demeurent fortes, même si les enfants, eux, aimeraient retrouver les bancs et les copains.

Rentrée scolaire post-confinement: beaucoup de questions restent posées…

Dates de rentrée, mise en place des protocoles sanitaires… Comme pour la crise sanitaire, à propos de l’école, les autorités sont restées dans une communication floue et contradictoire. Le conseil scientifique était opposé à la réouverture, le corps enseignant et la majorité des parents semblaient frileux, mais Emmanuel Macron et ses ministres Olivier Véran et Jean-Michel Blanquer ont tenu à ce que la reprise ait lieu. Le ministre de l’éducation nationale Blanquer s’est même fendu de propos assez osés en disant, dans les colonnes de Elle, à la veille de cette rentrée : « Le virus joue au jeu de go et moi je joue aux échecs, je ne sais laquelle des deux logiques va l’emporter », ou encore, dans une interview sur Europe 1  : « il y a plus de risques à rester à la maison qu’aller à l’école ».

Mais, de fait, le protocole sanitaire est quasi impossible à mettre en place dans les écoles : les moyens pour une reprise convenable ne sont pas donnés.

Dans le quartier de Bellefontaine, j’ai recontacté les familles sollicités lors de mon article sur les devoirs à la maison afin de leur demander leur avis sur cette reprise de l’activité scolaire.

Linda*, mére de deux enfants scolarisés, en 6ème et en seconde, nous donne sa position: « Pour moi , il est hors de question que mes enfants reprennent le chemin de l’école car le danger est encore là. Je suis consciente que l’on va peut être être obligé de vivre avec ce virus, mais pour l’instant je ne suis pas prête à les envoyer. De plus, je ne vois pas comment ils pourront empêcher les enfants de se rapprocher les uns des autres. J’ai du mal à imaginer les frustrations afin d’essayer de garder les distances, garder le masque tout le temps, s’empêcher de se toucher le visage… Tout ça me paraît être mission impossible. Les professeurs ne peuvent être tout le temps sur leur dos. De plus, le Conseil départemental n’assure le transport que le matin et le soir : s’ils n’ont pas cours, les enfants seront donc obligés d’emprunter les transports en commun (sa fille est inscrite hors du quartier suite à la fermeture du collége de Bellefontaine, ndlr). Et cette reprise ne va pas apporter grand chose de plus, les cours ne se feront que sur une demi-journée, je préfère opter pour le distanciel en espérant que les professeurs pourront continuer à les aider comme pendant le confinement ».

Elève en classe de seconde, son fils, lui, est content de continuer en distanciel (avec une possible rentrée en juin). Sa soeur est moins enthousiaste et se veut rassurante sur les gestes barrières. Mais sa mère reste intraitable même si elle comprend que l’ambiance de l’école et ses amies lui manquent.

Faiza*, maman de 5 enfants, paraît moins inquiète: « Je fais partie des parents qui ne sont pas contre le retour à l’école si les gestes barrière sont respectés, explique-t-elle. Pour le collège de mon fils, franchement, ils ont l’air prêts (il s’agit du collège Michelet où la rentrée est prévue le 18 mai) et ont mis en place un système d’accueil en demi-groupe sur une demi-journée, une semaine sur deux. Je pense que pour certains, c’est une bonne chose, vu que la bonne volonté des uns et des autres, parents et enfants, commence à s’essouffler. Le seul point noir pour moi, ce sont les transports, il est hors de question de le laisser partir en métro dès maintenant. Je dois contacter les services du département pour voir s’ils ont prévu quelque chose. »

Pour son autre fille, la question ne se pose pas : l’école est fermée et on ne sait pas si elle rouvrira car la mairie n’est pas sûre d’avoir le personnel nécessaire. Mais, assure Faiza:

« S’ils ouvrent, je mettrai ma fille sans soucis : elle est psychopathe des microbes, elle se lavera les mains 36 fois par jour ! »

Ses enfants les plus grands (un en BTS, l’une en école d’infirmiére) ne sont pas pressés de retourner à leurs études mais ils risquent d’être pénalisés pour ceux qui avaient des examens et qui comptaient se rattraper sur la dernière ligne droite.

Pour Sonia*, en revanche, trois enfants en classes de seconde, 5ème, et le petit dernier en maternelle, hors de question de les laisser repartir à l’école. Pour le petit, il lui est « intolérable » de le voir « frustré » et de se l’imaginer retrouvant une école où tout a changé. Alors qu’il était demandeur, il a fini par comprendre l’appréhension de sa mère. Les deux plus grands ne sont pas enchantés de ne pas retourner en cours mais, vu le doute ambiant, s’y sont résignés. Sa fille qui est en seconde se trouve un peu en difficulté. Sonia a donc contacté, en plus de l’aide aux devoirs, le Cours Avicenne qui propose des cours gratuits en sciences physiques et chimie jusqu’au 16 juin. 

Deux autres mamans du quartier m’ont aussi donné leur avis. Fatima*, trois enfants dont l’un dans un collège délocalisé comme Linda*, est d’accord pour qu’il reprenne les cours à la condition de ne pas le laisser prendre le métro dans la journée. Elle compte s’entendre avec Faiza* pour faire du covoiturage pour emmener leurs enfants. Son autre fille est en primaire, l’école n’a pas encore rouvert, elle hésite à la laisser reprendre, vu le flou qui entoure les écoles primaires quant à la prise en charge sanitaire. Pour son plus jeune enfant, la maîtresse de son fils n’a pas repris le travail, n’est pas remplacée et ne rentrera que le 2 juin… peut être.

Radia* a elle aussi quatre enfants scolarisés. Et sa réponse est claire: « Mes enfants ne reprendront pas l’école. Je trouve que les conditions pour la reprise ne sont pas rassurantes, j’y perçois une source de stress et d’angoisse pour les parents et les enfants. Les informations changent continuellement, même le personnel éducatif en est tributaire et ne fait qu’exécuter quand on daigne le renseigner », considère-t-elle. Quant à ses enfants qui voulaient reprendre, il a fallu les convaincre du refus des parents à les mettre en danger. 

Interrogées rapidement, beaucoup d’autres mamans rencontrées dans le quartier nous ont, elles aussi, fait part de leur volonté catégorique de garder leurs enfants chez elles.

Cette semaine, dans la cour de l’école maternelle Victor Hugo, on a pu voir de rares élèves jouer. Pour les enfants de la maternelle qui restent chez eux, certains (la grande section notamment) pourront avoir des cours virtuels deux fois par semaine s’ils le désirent, ce qui n’existait pas pendant le confinement.

Dans cette situation compliquée et inédite, les parents des quartiers semblent opter, pour la majorité d’entre eux, pour la sécurité de leurs enfants. Et les enseignants qui ont repris ou vont reprendre doivent s’armer de courage, alors que le matériel de protection fait encore défaut un peu partout en France.

* les prénoms ont été modifiés.
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